mardi 24 juillet 2018

Anticipations Rationnelles au Tour de France


Lors d'une étape, les hommes échappés
Vivent le Dilemme du Prisonnier.
Comme s’ils étaient pris dans une nasse
Ils se trouvent en équilibre de Nash.

Oui, chez ces cyclistes l’unique espoir
Pour pouvoir se disputer la victoire
Est de creuser leur avance qui fond
Faite avec le peloton d'exécution,
Dont ils ont rompu les rangs tout à l'heure
Et qui poursuit leur groupe à toute allure
En les tenant d’une laisse invisible,
Inoffensifs, à la distance cible.

Or, chaque échappé pour se reposer,
Vampirise la roue de l’équipier
Qu'il suce pour jouir de l'aspiration,
N’allant pas devant sans compensation.
Chacun se dit que l’autre, ce parvenu
En profitera la ligne venue
Pour lui voler froidement la victoire
Et s'envoler sans retour vers la gloire.

Ainsi, pour gagner la lutte finale
Chaque échappé ménage sa pédale
Et leur écart fond ! C'est vite sensible,
Car ensemble tout devient impossible !
Et voilà que tous ils passent à la trappe
Non parce que le peloton les rattrape
Mais faute d’avoir su collaborer
De concert pour atteindre l’arrivée.
……………………………………………
Morale : 
Certains, guidés par leur avidité,
Croient ne rien devoir à la société
D'orgueil aveuglés, sans autre horizon...
Que le bout racorni de leur guidon.


lundi 21 mai 2018

Toits et Moi

En sa contre-plongée sur les toits de Paris
Le regard embrasse d’incongrus paradis,
Celui des vieux faubourgs, sédiments des torchis
Qui poussèrent sans plans, en totale anarchie,
Si proches, mais si loin des perspectives planes
Des façades hautement policées de Haussmann.

Dedans les reculées et sombres arrière-cours
De ce royaume indu, où seul le zinc a cours
La vie coule indifférente aux bruits assourdis
Que la ville alentour en fond sonore ourdit.

Plus haut, sans vis-à-vis la vie est invisible !
Comme uniques arbres, des antennes ostensibles
Où la lumière s’éparpille en mille coins
Qui font s'étinceler les lucarnes au loin.

Au lever du soleil, tout comme à son coucher
La pointe de ces Monts [de fer]-Blanc intouchés
Se teinte d'un rose très doux et sans épines,
Furtive floraison qui si vite décline.

Là, j'imagine un intrépide Belmondo
Courant sur les toits gris en poursuivant sa cible,
Au vertige rendu par sa course insensible. 
Ou bien, un poète oublié sous ce rideau
Caressant un chat noir langoureux qui minaude
Et d’une fenêtre l’autre, se baguenaude.


lundi 5 mars 2018

Les Nouveaux Champs Economiques


Le damier des champs, vu des hauteurs,
Cet Arc-en-Terre tout de couleurs
Jadis voyait sa coloration
Suivre le changement des saisons.

Mais aujourd’hui, il fluctue au rythme
Que Bruxelles fixe en algorithmes,
Le rythme du cours des subventions
Et du soutien aux exportations.

Cours qui poussent, envers et contre tout
À abattre ces bosquets debout,
À multiplier cet effet de serres
Qui recouvre nos champs de verrières.

À planter blé jaune ou maïs vert
[Voraces cultures fourragères !],
À laisser ce champ-là en jachère
[Alors que la denrée est si chère !].

La nature, plus que des saisons,
Dépend désormais des subventions.
La Raison humaine a ses raisons
Aveugles aux saisons...triste oraison !



lundi 26 février 2018

Mise en Abîmes

Boire à la bouteille, puis être un bateau ivre
De l’ivresse glacée qu'on dit des profondeurs,
Là où le soleil chaud pâlit comme une lune.

Dans l'instable étrangeté du non-linéaire
Dans l'eau, se mouvoir au rythme du logarithme
Sans remonter vers le ciel de l’exponentielle.

En les fortes pressions se sentir si léger !
Loin de tout, faisant fi des terrestres pressions,
Comme replongeant dans le liquide amniotique.

Voler ! Voler sous l’eau ! A l'aide d'Archimède
D’un geste de palmes fluide et académique
Épouser le relief aiguisé des coraux.

Ici, où tout survit mais où tout meurt aussi
Percevoir le cycle de la vie, évident
Lui qu’à terre l'on oublie si commodément.

Le visage masqué, comprendre enfin Darwin 
Dans ce grand carnaval de couleurs et de formes
Issues d'improbables stratégies de survie.
  
Chercher constamment à économiser l’air,
Souvent gaspillé en vaines paroles à terre
Et se taire. Un monde de silences en mer.

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Las ! Refaire surface, à l’air qu’on dit : libre ?
Et se sentir étouffé…parmi la nuée,
Comme l'autre Albatros, au sol si empêtré.


lundi 1 janvier 2018

Le Mythe de la Caverne

Lorsque j'étais enfant, coupé de la vraie vie,
Le monde tout entier, péri, et féeries,
Dans des livres apparut, ceux de géographie,
Ouverts à mon regard ivre d’iconographie !

Ce sont ces manuels qui dès le plus jeune âge
Me firent découvrir dans leurs austères pages
De tous les peuples de la Terre les visages,
De tous pays, mêmes arides, les paysages.

Aujourd'hui encore nombre de mes voyages
Se font dans ma tête à partir de leurs images
Et du vaste monde, beaucoup de connaissances
Viennent de ce savoir que j’ai pris à distance.

Tant et si bien qu'au jour dernier ma biographie
Sera, pour grande part, ma bibliographie.


lundi 6 mars 2017

Électriques Cités


Coulent les électrons, tout comme l’eau,
De source électrique dans le réseau,
Plus ou moins, entre les puissants dipôles,
S’en allant nourrir la mégalopole.

Futiles ils lutinent, tels des abeilles
Sans que nul guère ne s’en émerveille,
Bougeant au gré des recombinaisons,
Sans bruit, juste en subtile vibration.

À distance ils créent un champ magnétique
Qui tourne autour des câbles électriques,
Auréoles en l’air que l'on cherche en vain
Semblables à celles de nos saints chrétiens.

Les câbles, qu’ils traversent au pas de charge,
En leur milieu ploient sous les lourdes charges,
Tenus au bout par de grands bras de fer,
Comme ces traînes que les mariées serrent.

Raides, ces pylônes, avec élégance,
Les supportent dans tous les champs de France,
Striant le vert de leur ligne filiforme
Tandis qu’à leur pied pousse une herbe informe.

Leur réseau se dirige vers le Centre
Et, vus de dessus, ils pourraient bien être
Tels des rayons, radiants et métalliques
De nos radieuses cités magnétiques.

Ces villes qui attirent, nuit et jour,
Parce que, constamment, depuis toujours,
Identiques, oui, à un énorme aimant,

L’Homme s’y sent libre, énormément.


lundi 27 février 2017

La Profondeur des Champs


Dans nos vies qui pour cadre ont la mégalopole
L’habituel premier plan joue seul les premiers rôles
Mais voyons-nous encor la profondeur des champs ?

Où passent dans le fond, toujours au second plan,
Des figures vagues aux formes de figurants,
Ombres auxquelles notre œil n’accorde aucun cachet,
Qui ne seront jamais pour nous plus qu’un cliché.

Pris dans cet univers muré, urbanisé,
Nous ne voyons qu’en plan américain serré !

Décor flou de nos vies, ce vague arrière-plan
Reste inaccessible et nul ne le touche guère
Ni ne s’aventure en cet Inconnu mouvant
Et déstabilisant, de peur de l’effet-mer.

Il n’y a bien que lorsque tu contre-plonges en moi

Ton regard que prend sens tout ce que je revois.


lundi 13 février 2017

Chaînes Premières


Leurs aiguilles orientées vers un unique pôle,
Je vois les antennes identiques à des boussoles
Qui indiquent à nos yeux le grand Nord médiatique
Pour capter dans les airs l’invisible trafic.

Sur nos toits, à côté des noires cheminées,
Echouent sur leurs arêtes les ondes acheminées.
Puis leurs grilles tremblent de frissons, magnétiques
En l’instant transmutés en pulsions, électriques. 

Des feux de Saint-Elme éclairent la nuit ces mâts,
Soumettant nos foyers à l’ardent audimat.

Là, les téléviseurs, ces précepteurs de fer,
Sans cesse ressassent ce qu’il est bon de faire,
Annonciateurs du temps des cerveaux disponibles,
Où seront nos cerveaux rendus indisponibles.

Tant la loi des séries, ce crash continuel,
Jour après jour, forge notre vue du réel
Et met en sommeil la plus vive intelligence

Que fascine toujours, cependant, l’indigence.


lundi 6 février 2017

Parabole des Paraboles


D’une rive l’autre, en mer Méditerranée
Se dressent aux fenêtres de rondes paraboles,
Comme une moderne mais courte parabole
Du choc de deux mondes placés nez-à-nez.

Côté Nord, sur nos tours, jusques en nos villages,
Elles sont vers l’Orient toutes en tôle orientées,
En lien invisible à des origines ôtées,
Retour orient-express au pays en images.

Cependant que là-bas, sur les blanches maisons,
Concaves et creusées comme pour une obole
Malgré ce qu’a laissé l’Histoire au vitriol,
Dans une vie rêvée, elles font diversion.

Et se croisent leurs ondes, modulantes,

Par-dessus l’eau amère, et ondulante.


lundi 23 janvier 2017

L’Inspiration de l’Aspiration


Les trains ont pour particularité
D’emporter mes pensées, comme happées
Par le fort souffle de l’inspiration
Que provoque leur vive aspiration.

Dans cet univers de périls hostiles
La nature livre un combat bien stérile
Et le tracé pourtant si droit des voies
Lui est redoutable chemin de croix.

Dramatiques, les changements brutaux
Ainsi que le choc rugueux des métaux
M’expriment sans fard, oui, la part infernale
De notre vie où le métal fait mal.

Ils m’évoquent la rudesse du monde
Mieux qu’un pneu de gomme émolliente et ronde
Lui qui efface les aspérités
Et ne rend qu’une image aseptisée.

Ce monde, où de la chaleur, cependant

Naît de nos violents frottements d’amants.

lundi 16 janvier 2017

Prophylaxie


S’il te plaît, je veux encore
Lové tout contre ton corps,
M’armer de tes anticorps.

Ils  seront une barrière
Aux rigueurs du rude hiver
De ce monde délétère.

Lorsque, toute honte bue,
Les microbes et les virus
Fuiront face à ta vertu.


Toi qui me regardes, à vue.

lundi 9 janvier 2017

Les Lumières de la Vie


Au loin, dans la nuit, une lumière s’éteint
Au loin, dans la nuit, un couple s’étreint.

Les lumières des habitations,

Blafardes et néonisées,
Bourgeoisement ampoulées
Ou lunairement halogénées,
Basses ou hautes en consommation
En fixe ou intermittente illumination,

Autant de vies délimitent.

Elles sont comme étoiles dans la nuit
Et, comme elles, scintillent à la vue,
Parfois plus brillantes que nos vies !

Lumières de vos mondes lointains,
Si semblables et cependant différents,
Situés au loin, à des âmes-lumières,


Reflets dorés de notre altérité.


Les bruits-âges de la vie

Bruit des enfants le matin Au petit déjeuner, Leur gazouillement festif ! Quand s’annonçait la journée, rayonnante. Bruit des adultes le mid...