lundi 4 mai 2015

Chaîne Logique Alimentaire de l'Homme Mondialisé

Pour que ce quelconque
Distributeur automatique
Me délivre ce café
Que d’un geste instantané
Je porte à mes lèvres asséchées :

Il a fallu un gobelet, et donc du plastique, extrudé et moulé dans une vallée alpine qui suite aux plans de restructuration de la sidérurgie s’est spécialisée dans la plasturgie, fabriqué à partir de pétrole transporté par un supertanker qui a échappé de justesse aux pirates de Somalie dans le Golfe Persique en cette zone où des hommes se spécialisent dans la piraterie car les plans d’ajustement structurel du FMI ont diminué les soutiens publics à l’agriculture ce qui a chassé les paysans de leurs terres, partis grossir les rangs des déshérités affluant vers les villes en renforçant l’armée des pêcheurs sans poissons privés des produits de l’exploitation de la mer par les concessions de pêche accordées par leur gouvernement à des navires étrangers super-équipés qui accaparent toute la ressource halieutique. Avant cela, il avait fallu verser des pots de vin aux gouvernements des pays producteurs de pétrole pour qu’ils ferment les yeux sur le pillage de leurs ressources, tout en finançant des mouvements islamistes afin qu’ils canalisent la révolte de leur peuple écœuré que la manne pétrolière ne bénéficie qu’à quelques-uns et qui se trouve frappé de plein fouet par l’augmentation des prix du pain consécutive aux engagements pris dans la lutte contre l’effet de serre par les pays développés qui en favorisant la culture des oléagineux au détriment des céréales renchérissent leur prix...

Il a fallu du sucre, de betteraves sucrières venues de Picardie qui avaient passé tout l’hiver sous terre, sous un permanent et lourd ciel gris couleur de plomb dans l’humidité, le froid et les pesticides.

Il a fallu une petite cuillère en plastique, de la même matière que le gobelet mais issue d’un pétrole de qualité inférieure que l’on extrait dans les tourbières de sables bitumineux du Canada oriental, qui endommage considérablement l’environnement si l’on considère qu’il faut quatre tonnes de sables pour produire un unique baril de brut.

Il a fallu le café, venu du Vietnam : un café étiquetable mais non équitable, de type Robusta, provenant de ce nouveau producteur devenu le deuxième du monde en développant une politique agressive suite aux recommandations de la Banque Mondiale dans les années 80 visant à supplanter les plantations millénaires de riz par celles de café ce qui a réduit la production de riz et fait augmenter son cours avec pour effet d’affamer le Bangladesh voisin dont c’est l’alimentation principale, production de café somme toute contre nature et que rejettera à terme la nature mais peu importe lorsque les papilles de l’Occident ne voient pas la différence.

Il a fallu de l’eau et pour cela que le soleil brille sur la mer à l’équateur et fasse s’évaporer l’eau qui en montant vers le ciel est devenue vapeur et nuages qui portés par les vents provoqués par les différences de pressions résultant des différences d’ensoleillement ont glissé vers l’Europe occidentale où ils se sont heurtés aux montagnes, puis en s’élevant pour les dépasser sans y parvenir ont crevé en pluie dont l’eau a ruisselé dans des ruisseaux qui font les grandes rivières qui se sont infiltrées dans les failles de la terre et sont passés devant des fresques murales préhistoriques pas encore découvertes par un gamin désœuvré puis sont réapparues à des kilomètres de là pour finir dans le grand fleuve et en aval, dans une station d’épuration qui l’a purifiée et conduite vers le château d’eau qui l’a mise sous pression pour être canalisée vers l’arrivée d’eau légèrement entartrée de ce distributeur de boissons chaudes.

Il a fallu la pièce de monnaie que j’ai inséré, frappée du bon coin dans une province française reculée dans une entreprise centenaire qui ne s’est pas retrouvée en dépôt de bilan lors du passage à l’euro grâce à la bienveillance du gouvernement pour l’emploi dans les zones rurales, qui a négocié au niveau européen que la fabrication des nouvelles pièces ne serait pas centralisée et délocalisée ce qui, avec les différentiels de salaires en faveur des pays d’Europe de l’Est aurait pourtant été frappé du bon coin du bon sens, arguant que l’on tienne compte du savoir-faire de frappe de la monnaie dans la vieille Europe.

Il a fallu qu’une machine rassemble ces éléments minéraux et organiques, elle-même montage d’éléments disparates résultat des hasards de la mondialisation mais dont on sait seulement qu’elle est fabriquée en Italie du Nord dans une petite entreprise héritée de grand-père qui a su résister aux délocalisations en innovant continûment et dont le patron vote pour la Ligue du Nord car il trouve qu’il paye trop d’impôts pour « Rome la voleuse » et pour ces immigrés qu’il n’hésite pourtant pas à embaucher sans être trop regardant sur leurs papiers pour faire le boulot du nettoyage des cuves contenant des produits chimiques et autres galvanisants…

Ainsi, en appuyant sur son bouton,
D’un geste irréfléchi et insouciant,
Tous ces lointains événements
Se sont rejoints à mes lèvres,
Comme l’aurait fait une hostie,

Avant de se séparer à nouveau.

Et moi, indifférent, négligemment
J’ai jeté le gobelet dans la poubelle…

Il y a un siècle l’être humain
Était pur produit de son terroir
Qui le nourrissait de son lait,
Appellation d’Origine Contrôlée.

Mais les molécules qui nous composent
De plus en plus se mondialisent
Et je me sens perdu,
autant qu’un pied de vigne de Bordeaux

Grandissant sous le soleil californien.

mardi 28 avril 2015

Transpercé du Regard


En une seconde, à toute vitesse
Ce train-là qui me transporte transperce
Sans égards, une gare où des travailleurs
Ont passé tant de temps en durs labeurs.

Des temps modernes c’est la cathédrale,
La chanson de gestes peu théâtrale
Qu'ils ont élevée à force des mains
En lui donnant leur parpaing quotidien.

Lieu commun, bâti dans l'indifférence,
Que nul ne pare d’un quelconque sens,
Dont la permanence en nos paysages
N'a pour but que d'assurer nos passages.

Et moi je parcours cette infrastructure
Avec la plus grande désinvolture !

Sache que j'ai pensé
La même chose de toi
Qui m'as si vite jugé
De ton regard atone,
Quand on construit son moi
Atome après atome.

lundi 20 avril 2015

La Production Automobile Française


Il faut les voir, les bouchons parisiens,
Les matins de soleil hurlant, ou serein
Pour comprendre la passivité des miens.

Là, des êtres restent des heures durant
En cet auto-stop où nul on ne prend,
Calmement, à passer les vitesses
Sans jamais ne prendre de vitesse.

Les guimbardes et les modèles puissants
Y tournent au ralenti, égalité d’un temps !
Il faut faire la file indienne, c’est ça ou rien,
Où est le temps quand on jouait aux indiens ?

L’habitude est prise, matinale,
Et dans ces prisons de métal
Indolents ils patientent sans mal.

Certaines se maquillent en hâte
D’autres encore refont leur cravate,
Tous écoutent la radio qui les soulage
En leur susurrant qu’il y a embouteillage.

Surtout, surtout, ne pas craquer !
Planter là sa voiture, voyons, personne ne le fait !
Il y a le travail qu’il y a à aller,
Il y a le crédit qu’il y a à payer.

Et puis, Et puis…cela créerait un embouteillage !

Dis, après être ainsi passés à ce laminoir,
Ce rouleau compresseur, ce moderne Assommoir,
Tous les jours, les semaines à ce même poste,

Crois-tu encore que peut rester la révolte ?

lundi 13 avril 2015

Premier Mercredi du Moi


Comme Madeleine de Proust reste pour moi
Les premiers mercredis du tout début de mois
Lancinante à l’esprit, l’incendiaire sirène
Hurlante en la ville à en perdre son haleine.

En les jours où je vais sans visibilité
Ton chant, ma Sirène, étrange et enchanté,
L’espace d’un instant me replonge en enfance
Voici plus de trente ans, dans un coin de la France.

Me déviant tel Ulysse en l’île aux souvenirs
Il parvient à crever les durs bouchons de cire
Bien enfoncés en moi qui ne veux plus entendre.

Et me remémore les moments restés tendres
De ce jour si calme où il n’y avait pas école, 
En ce temps, où le pire même était bricoles. 

lundi 6 avril 2015

Ciel ! Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel ?


De prime abord exponentielle
[Nous pensions atteindre le ciel !]
La vie s'essouffle en logarithme
Tandis que se calme son rythme.

Avant, avant que ne s'avance
Sans transition la décroissance,
Imperceptible décadence
Où meurt l'étais en pente douce.

Pour chuter, [d'espoir brutal vol !]
Sous forme abrupte d'hyperbole
Portant en terre nos envols.

De nos vies, c'est la parabole.

lundi 30 mars 2015

Parabole de l'Hyperbole


Dans notre monde aux infinis possibles,
Chaque être est pourtant un point indivis
Dans ce nuage des points de la vie
Qui dessine le champ des uns, probable.

Loin de la prétendue indépendance,
Ce nuage dessine des tendances
Le long d’une droite de régression
Ligne de vie, de notre progression.

Et nos écarts même aux Normes inflexibles,
Toutes en morale et en stéréotypes,
Qui nous font frémir et sentir si libres,
Tout entier sont inclus dans l’écart-type(s).

Au quotidien nous visons la moyenne,
Obtenue de justesse avec grand-peine
De peur, de peur, de tangenter le Risque,
Ligne sulfureuse autant que viatique.

Et vont ainsi nos vies, hyperboliques,
Glissant sur ces tracés asymptotiques.

lundi 23 mars 2015

Crash-Textes


Jamais je n’ai eu qu’idées au gramme 
Alors que d’autres en ont à la tonne !
Indéchiffrables et c’est bien le drame
Même à un Champollion qui détonne.

C’est pourquoi, quand je végète-à-rien
Mon esprit, attaque carnivore,
Aime à détourner des mots de rien
De leur prédestination sonore.

Les retenant, pris comme en otage,
Testant leur souplesse, d’eux se jouant
Mais sans qu’ils subissent aucun outrage,
Puis les propulsant dans l’air du temps.

Là-haut, dans le silence des textes,
Droit sur les tours des pensées uniques
Il les soumet à un dur crash-textes
Loin de leurs conventions poétiques.

Avant un jour, en récitation,
D’avec eux franchir le mur du son !

lundi 16 mars 2015

Atmosphère, Atmosphère


Dites-moi, s’il vous plaît, où s’est évaporée
La chaleur des foules d’antan aux folles humeurs ?
Celle des acharnés combats tumultueurs
Qui toujours finissaient en de sombres charniers ?
Celle de ces peuples qui manifestent en masse
Et celle des concerts où jeunesse se tasse ?

Où est-elle passée la chaleur décédée
De feu ces corps pressés, frottés et compressés
Et où a disparu l’énergie de ces foules
Qui n’a rien à envier à l’énergique houle ?
Où est donc la chaleur du doux corps de nos mères
Quand nous sentions, petits, palpiter le grand cœur ?

L’Atmosphère, l’Atmosphère l’a aspirée !
Sans bruit s’en saisissant de ses puissantes serres,
En l’air, la transmutant en vif effet de serre.

Réceptacle des mots que nous lançons dans l’air,
De nos agitations vaines et compassées,
C’est l’urne éternelle de tous nos éphémères,

Le gazeux trait-d’union d’avec notre passé.

lundi 9 mars 2015

Le Coma des Mortels


En un instant nous nous sommes endormis,
Droit vers les oniriques paradis
Puis, tels deux ballons gonflés à l’hélium
Nous avons quitté la terre des hommes.

En plein noir, aux vitesses des lumières,
Nos cils lourds sont tombés sur nos paupières
Comme ces nuits soudaines à l’équateur
Et nous avons volé vers les hauteurs.

Là, bien loin des terrestres tentations
Avons lévité en sustentation,
En l’éther, oui, ce lieu où nos rêves errent,
Même irrévérencieux, que je révère.


Vers là, où sont si basses les pressions
Qu’elles chassent de nous toute dépression,
En apesanteur, là où le cerveau,
Futile est aérien tel un cerceau.
…………..
Mais de ton réveil la sonnerie brève
De sa plainte acérée, même pas en rêve,
Creva la bulle des spéculations
En laquelle nous surévoluiions.

Nous tirant de ce coma des mortels,
Écrasés sur Terre, lourds de sommeil,
Vers ces si fortes pressions qui, la vache !

Nous plaquent sur le dur plancher des vaches.



lundi 2 mars 2015

Mythe de la Caverne


Lorsque j'étais enfant, coupé de la vraie vie
Le monde tout entier, péri et féeries,
Dans les livres apparut, oui, de géographie
Ouverts à mon regard, ivre iconographie !



Ce sont ces manuels qui dès mon plus jeune âge
Me firent découvrir en leurs profondes pages
De tous les peuples de la Terre le visage,
De tous pays, mêmes austères les paysages.

Aujourd'hui encore mes uniques voyages
Se font en mon esprit en d'abstraites images
Et je vis à travers ce qui m'est relaté
Avec l'espoir déçu que rien n’est frelaté.

Du vaste monde donc, la seule connaissance
Est cet enseignement que je prends à distance.
Et je pressens, déjà, que ma biographie

Pourra se résumer en bibliographie.


Les bruits-âges de la vie

Bruit des enfants le matin Au petit déjeuner, Leur gazouillement festif ! Quand s’annonçait la journée, rayonnante. Bruit des adultes le mid...